Sophie Aubertin est une figure emblématique de l’accompagnement numérique des seniors à Pornic. Depuis 2018, elle anime des ateliers numériques qui ont déjà formé plus de 400 personnes âgées de 65 à 92 ans. En partenariat avec la mairie de Pornic et les EHPAD locaux, elle lutte contre l’exclusion numérique et prévient les escroqueries en ligne.

« Sophie, présentez-vous et racontez-nous comment vous avez commencé ces ateliers. »
Sophie Aubertin répond :
Je suis Sophie Aubertin, formatrice en ateliers numériques pour seniors à Pornic, en Loire-Atlantique. Mon parcours professionnel a toujours été guidé par une passion pour le partage et l’enseignement. Avant de me consacrer pleinement aux ateliers numériques, j’ai travaillé dans le secteur éducatif, ce qui m’a permis de développer des compétences pédagogiques que je mets aujourd’hui au service des retraités. Ma rencontre avec la problématique numérique des seniors a été un déclic. En discutant avec des amis proches de l’âge de la retraite, j’ai réalisé à quel point la fracture numérique pouvait être un véritable obstacle à leur bien-être quotidien. J’ai alors décidé de m’engager et de proposer des solutions concrètes.
En 2018, avec le soutien de la mairie de Pornic et en collaboration avec les EHPAD locaux, j’ai lancé des ateliers numériques spécialement conçus pour les seniors. L’objectif était clair : offrir un espace sécurisant et adapté où les retraités pourraient se familiariser avec les outils numériques. Un atelier type se déroule généralement sur deux heures, avec une première partie théorique suivie d’exercices pratiques. Nous abordons des sujets variés, allant de l’utilisation de l’email aux appels vidéo, en passant par la navigation sécurisée sur Internet. Chaque session est une opportunité pour les participants d’apprendre à leur rythme, sans pression, et surtout, de poser toutes les questions qu’ils souhaitent, sans crainte de jugement.
Ce qui me frappe à chaque atelier, c’est la sincérité de l’engagement des participants. Ils viennent non seulement pour apprendre à manier un téléphone ou une tablette, mais aussi pour trouver une communauté bienveillante où ils peuvent exprimer leurs doutes sans honte. Beaucoup me confient que la simple idée d’appuyer sur le mauvais bouton les terrorisait avant de rejoindre le groupe. C’est précisément cette peur irrationnelle, mais bien réelle, que j’essaie de dissiper dès le premier atelier. Je leur répète souvent : un ordinateur, cela ne casse pas juste parce qu’on fait une mauvaise manipulation. Avec cette petite phrase, je vois les épaules se détendre et les sourires apparaître.
« Quel est le profil typique des seniors qui participent à vos ateliers ? »
Sophie Aubertin répond :
Les seniors qui participent à mes ateliers viennent de différents horizons, mais partagent tous un désir commun : celui de rester connectés avec leurs proches et le monde qui les entoure. Ils ont entre 65 et 92 ans, et leurs motivations varient :
- Apprendre à utiliser WhatsApp pour communiquer plus facilement avec leurs enfants et petits-enfants.
- Maîtriser les appels vidéo pour voir leurs proches qui vivent loin.
- Envoyer et recevoir des photos.

Cependant, malgré leur motivation, beaucoup arrivent avec des freins initiaux :
- La peur de “casser” l’ordinateur ou la tablette est une crainte récurrente.
- Le sentiment d’incompétence face à ces technologies qu’ils n’ont pas connues durant leur vie professionnelle.
Pourtant, la diversité des profils est fascinante. Certains participants étaient ingénieurs ou enseignants, d’autres n’avaient jamais utilisé un ordinateur avant leur retraite. Cette diversité rend chaque atelier unique et enrichissant, car les échanges entre participants permettent à chacun d’apporter quelque chose aux autres.
Pour les erreurs les plus courantes qui inquiètent les débutants — comme oublier un mot de passe —, notre guide mot de passe oublié rassure et guide étape par étape.
Ce que j’observe aussi, c’est que les participants les plus âgés ne sont pas nécessairement les moins habiles. J’ai accompagné une femme de 89 ans qui avait une agilité mentale remarquable et une curiosité insatiable. Elle posait des questions pertinentes, voulait comprendre le pourquoi des choses, pas seulement les étapes à suivre mécaniquement. À l’opposé, certains jeunes retraités de 66 ans arrivent avec une résistance psychologique plus forte, peut-être parce qu’ils ont davantage de recul sur leur manque de maîtrise. En fin de compte, ces ateliers ne sont pas seulement une occasion d’apprendre, mais aussi de créer du lien social, de retrouver confiance en soi et de s’ouvrir à de nouvelles possibilités.
« Quelle est la difficulté numérique que vous rencontrez le plus souvent passé 65 ans ? »
Sophie Aubertin répond :
La difficulté numérique principale à laquelle les seniors font face se manifeste sous plusieurs formes :
- La peur de mal faire et l’appréhension face aux interfaces qui changent sans prévenir.
- La difficulté à comprendre pourquoi les mises à jour modifient l’apparence de leurs applications ou de leurs sites web préférés.
- La taille des textes sur les écrans, qui peut constituer un obstacle et rendre la lecture difficile.
- La confusion entre les applications et les sites web, qui n’est pas toujours évidente pour eux.
Un aspect que l’on sous-estime souvent, c’est la multiplicité des appareils. Certains participants possèdent à la fois un smartphone offert par leur fils, une tablette prêtée par un ami et un vieil ordinateur de bureau. Chaque interface est différente, chaque système d’exploitation a ses propres conventions, et naviguer entre tout cela demande une flexibilité mentale que l’on n’acquiert pas spontanément. Je leur enseigne à identifier les points communs entre ces appareils plutôt que d’apprendre chaque outil séparément, ce qui réduit considérablement la charge cognitive.
Pour surmonter ces difficultés, je recommande vivement de consulter notre guide complet sur la sécurité numérique des seniors, qui offre des conseils pratiques et rassurants. De plus, pour sécuriser leurs données et éviter les pertes, je conseille d’utiliser des solutions de sauvegarde simples adaptées aux seniors. Ces ressources permettent de réduire l’angoisse liée à l’utilisation des outils numériques et de gagner en autonomie. Au-delà de ces aspects techniques, le véritable défi est d’encourager une approche positive et ludique de l’apprentissage, afin que chaque senior puisse se sentir en confiance et capable de s’adapter aux évolutions technologiques.
« Comment les escroqueries en ligne ciblent-elles spécifiquement les retraités ? »
Sophie Aubertin répond :
Les escroqueries en ligne sont malheureusement de plus en plus ciblées sur les retraités, qui sont souvent perçus comme des proies faciles. Voici les stratagèmes les plus courants :
- Faux appels de prétendus techniciens Microsoft : ils prétendent avoir repéré un virus, demandent un accès à distance pour “réparer” et volent des informations ou de l’argent.
- Faux remboursements : qu’il s’agisse du CPF ou de l’assurance maladie, ces arnaques sont fréquentes.
- Arnaques aux petits-enfants : les escrocs se font passer pour un proche en détresse, utilisant des techniques de manipulation émotionnelle très efficaces.

Ces manipulations jouent sur les émotions et la confiance des seniors, ce qui les rend particulièrement vulnérables. Pour illustrer l’ampleur du problème, des études montrent que près de 30 % des personnes âgées de plus de 65 ans ont déjà été approchées par des arnaqueurs en ligne. La honte qui suit souvent la découverte d’une escroquerie est un frein supplémentaire : beaucoup de victimes n’osent pas en parler à leurs enfants, par peur d’être perçues comme naïves ou incompétentes. C’est pourquoi j’insiste toujours sur le fait que ces arnaques ciblent tous les profils, y compris des personnes très éduquées et méfiantes de nature. Pour mieux comprendre et prévenir ces risques, il est utile de se pencher sur l’approche psychologique de l’apprentissage numérique chez les retraités, qui offre des clés pour renforcer leur vigilance. En sensibilisant les seniors à ces dangers et en leur apprenant à reconnaître les signaux d’alerte, nous pouvons les aider à naviguer sur Internet en toute sécurité.
« Quelles astuces pédagogiques fonctionnent vraiment avec des personnes peu à l’aise avec le numérique ? »
Sophie Aubertin répond :
Lorsque l’on travaille avec des personnes peu à l’aise avec le numérique, il est essentiel d’adapter son approche pédagogique. Voici les astuces qui fonctionnent vraiment :
- Élaboration de fiches papier récapitulatives : ces supports fournissent un guide consultable à tout moment, renforçant l’apprentissage entre les sessions.
- Répétition : revenir sur les mêmes notions sur plusieurs séances consolide les connaissances et diminue l’anxiété.
- Analogies avec la vie quotidienne : comparer, par exemple, la boîte email à une boîte aux lettres physique pour réduire l’abstraction.
- Apprentissage par l’utilité immédiate : montrer comment prendre et envoyer des photos de leurs petits-enfants motive les participants à persévérer.
Un autre outil pédagogique puissant est l’analogie avec la vie quotidienne. Par exemple, je compare souvent la boîte email à une boîte aux lettres physique : le dossier “envoyé” correspond aux lettres déposées à la Poste, les “spams” sont comme les prospectus que l’on jette directement. Ces images mentales concrètes réduisent l’abstraction et permettent à chacun de raccrocher le numérique à une réalité déjà vécue. Apprendre par l’utilité immédiate est aussi très efficace. En montrant comment prendre et envoyer des photos de leurs petits-enfants, les participants voient immédiatement l’intérêt pratique de la technologie, ce qui les motive à persévérer.
La clé est de créer un environnement d’apprentissage positif et encourageant, où les erreurs sont perçues comme des opportunités d’apprentissage plutôt que des échecs. J’évite soigneusement les termes techniques qui intimidant, et quand je dois en utiliser un, je l’accompagne toujours d’une explication en langue courante. J’encourage aussi les participants à s’entraider : ceux qui progressent plus vite deviennent naturellement des tuteurs bienveillants pour leurs voisins de table. Cette dynamique de groupe crée une émulation positive et renforce l’ancrage des connaissances pour tous.
« Comment expliquez-vous la création d’un mot de passe sécurisé à quelqu’un qui ne comprend pas la logique ? »
Sophie Aubertin répond :
Expliquer la création d’un mot de passe sécurisé peut sembler complexe, mais avec la bonne approche, cela devient accessible à tous. Voici deux méthodes efficaces :
- La méthode des trois mots aléatoires : choisir trois mots sans lien entre eux mais personnels (ex: “chouette”, “bicyclette”, “lune”), puis ajouter des chiffres ou des symboles. Le mot de passe devient mémorable et difficile à deviner.
- L’astuce de la phrase personnelle : transformer une phrase significative en mot de passe en utilisant les premières lettres de chaque mot (ex: “Mon chien Max aime jouer dans le jardin” devient “McMajdlj2026!”). C’est personnel, sécurisé et mémorable.
Il est crucial d’éviter les dates de naissance ou les noms évidents, car ils sont faciles à deviner pour les fraudeurs.
L’astuce de la phrase personnelle est une autre option que j’apprécie beaucoup. Il s’agit de transformer une phrase significative en mot de passe en utilisant les premières lettres de chaque mot. Par exemple, “Mon chien Max aime jouer dans le jardin” devient “McMajdlj2026!”. Cela a l’avantage d’être à la fois personnel et sécurisé, tout en restant mémorable parce que la phrase derrière le mot de passe est ancrée dans un souvenir réel. Je mets un point d’honneur à rappeler d’éviter les dates de naissance ou les noms évidents, car ils sont faciles à deviner pour les fraudeurs, qui commencent toujours par les informations les plus prévisibles.
Pour ceux qui craignent d’oublier leurs mots de passe malgré toutes ces précautions, je recommande de consulter nos solutions si vous oubliez votre mot de passe. Je suggère aussi l’utilisation d’un carnet papier conservé en lieu sûr à la maison, une méthode que beaucoup de seniors trouvent rassurante. L’objectif est de démystifier le processus de création des mots de passe et de montrer qu’avec un peu de pratique, il est possible de créer des mots de passe à la fois sécurisés et mémorables, sans avoir besoin d’être informaticien.
« Votre plus beau souvenir de progression numérique chez un senior ? »
Sophie Aubertin répond :
Parmi les nombreux moments touchants que j’ai vécus lors de mes ateliers, l’un des plus mémorables est celui de Madame Dupuis, une femme de 85 ans qui vivait seule depuis le décès de son mari. Lorsqu’elle a rejoint mon atelier, elle n’avait jamais utilisé d’ordinateur et se sentait complètement dépassée par le monde numérique. Elle me confessait ne pas bien comprendre pourquoi tout le monde était sur ce “téléphone internet”. Après quelques séances, elle a exprimé timidement son désir de pouvoir appeler sa petite-fille qui vivait au Canada. Nous avons travaillé ensemble sur l’application de visiophonie et, après quelques essais maladroits mais joyeux, elle a réussi à passer son premier appel vidéo.
La joie et l’émotion sur son visage lorsqu’elle a vu sa petite-fille à l’écran étaient indescriptibles. Elle a posé la main sur l’écran, comme pour toucher ce visage si cher, si lointain. Sa petite-fille pleurait aussi de l’autre côté de l’Atlantique. C’était comme si une nouvelle porte s’était ouverte pour elle, lui permettant de rester connectée avec sa famille malgré la distance et les milliers de kilomètres qui les séparaient. Ce moment a renforcé ma conviction profonde que ces ateliers ont une véritable valeur humaine.
Ils ne sont pas seulement une opportunité d’apprendre à manier un outil technologique, mais aussi un moyen de renforcer les liens familiaux et de lutter contre l’isolement. Voir les participants gagner en autonomie et en confiance est la plus belle récompense de mon travail. Depuis cet atelier, Madame Dupuis appelle sa petite-fille tous les dimanches. Elle m’a envoyé un petit mot pour me remercier, griffonné à la main sur du papier à fleurs. Ce billet est épinglé au-dessus de mon bureau. Il me rappelle chaque jour pourquoi je fais ce que je fais.
Les ateliers numériques pour seniors comme ceux que propose Sophie Aubertin à Pornic sont bien plus qu’une simple initiation à la technologie : ils sont une passerelle vers l’inclusion sociale et le bien-être personnel. Grâce à des formatrices bénévoles comme elle, des centaines de retraités du Pays de Retz apprennent non seulement à naviguer sur Internet, mais aussi à retrouver confiance en eux dans un monde qui évolue vite. Si vous avez un proche qui hésite à franchir le pas, transmettez-lui ce témoignage : il n’est jamais trop tard pour apprendre, et les progrès peuvent se révéler, comme pour Madame Dupuis, profondément émouvants. Pour débuter sereinement, notre guide des 10 erreurs informatiques à éviter quand on débute offre des repères pratiques adaptés aux nouveaux utilisateurs.
